lundi 27 mai 2013

La naissance du chapeau

La femme au chapeau-1901
Le mot chapel médiéval viendrait du mot normand Cap, venant lui-même de caput signifiant tête en latin. Le chapelet était aussi une couronne de fleurs portée autour de la tête au Moyen Âge, le dictionnaire de l'académie française de 1694 évoquant encore « Une couronne de fleurs qu'on met sur la teste dans quelque resjoüissance, dans quelque feste solemnelle. Les mots capa et capella ont la même racine. Selon le Dictionnaire encyclopédique de l'Histoire de France de Philippe Le Bas, le mot chapel « dans l'origine, fut un diminutif, non pas du chaperon (comme d'autres l'ont dit...) mais du capuchon qui accompagnait la chape, et servait à couvrir la tête».
La profession pour fabriquer les chapeaux est ancienne, et en France, celle-ci est réglementée depuis près de 1000 ans. Les modistes créent des modèles uniques de chapeaux, prêt-à-porter, ou sur mesure. Les chapeliers fabriquent les chapeaux en petites séries, et revendent également les modèles plus industriels. Enfin, le formier est l'artisan sur bois qui sculpte des blocs de tilleul de différentes formes, selon la demande des modistes ou des chapeliers, pour la mise en forme des chapeaux de feutre ou de paille ou de tissu.

L'histoire du Chapeau

Comme le vêtement, le chapeau semble avoir eu un double rôle, de protection contre le froid, le soleil, la pluie voire certains combats..., mais aussi d'affirmation d'un statut social avec le chapeau d'apparat, d'une appartenance ethnique ou clanique... pour finalement devenir un accessoire de mode à part entière. On n'a pas de traces de chapeau datant de la préhistoire, mais il est possible qu'ils aient existé.
Hermès l'Ingénu portant la pétase
Des chapeaux sont en tous cas portés dès l'Antiquité, dont par exemple le pétase qui est un chapeau rond d'origine grecque au bord large et plat et s'attachant par un cordon. 

Et si au XVIIIe siècle, ils sont remplacés par de volumineuses perruques, les hommes continuent de les porter au bras comme avec le bicorne par exemple.
Selon le Dictionnaire encyclopédique de l'Histoire de France de Philippe. Le Bas, il était d'abord une simple calotte de velours, de drap ou de feutre unie ou ornée de fourrures, de broderies, de dorures ou de pierreries, selon la fortune de son propriétaire, parfois attachée sous le menton par deux cordons. Cet auteur cite diverses formes de toques, coiffes et bonnet, plus ou moins réservés à certains âges de la vie, de même que des couronnes de fleurs, plus décoratives et symboliques que physiquement protectrices.
Au Moyen Âge et à la Renaissance, les chapeaux en peau de Castor ont été si appréciés qu’ils ont contribué à la forte régression de cette espèce en Europe, mais aussi au Québec et Canada où s'est portée la demande européenne. Sous Charles VI, les chapeaux fréquents à la campagne se portèrent à la ville sous son successeur, « mais seulement les jours de pluie ». Charles VII d'après ses chroniqueurs portait un chapeau de Castor en 1449 lors de son entrée dans Rouen, mais quelques témoignages antérieurs montrent avant lui que cet animal était déjà recherché, notamment par les princes et les rois pour les chapeaux.
Sous Louis XI, ils devinrent plus communs. Ce roi ornait le sien d’« images en plomb des saints auxquels il avait le plus de dévotion »;
Louis XII reprit le « mortier » des siècles antérieurs, et les bourgeois le « bonnet à deux cornes » de leurs aïeux. François Ier adopta le chapeau, imité par ses courtisans. 

le bicorne

Henri II et ses fils se coiffèrent plus habituellement, ainsi que leurs courtisans, d'une toque ornée de diamants et surmontée d'une aigrette ; de sorte que le chapeau, quoique bien connu, n'était pas encore d'un usage général à l'avènement de Henri IV. Ce prince et les nobles le préférèrent à la toque ; ils l'ornèrent de plumes, de rubans et de franges; enfin ils relevèrent et fixèrent à la forme une partie des ailes qu'on lui avait données dès le temps de François Ier, pour garantir de la pluie et du soleil. On s'aperçut ensuite que ses bords étendus gênaient le maniement des armes ; « alors on imagina pour les troupes le chapeau à trois cornes, qui est la coiffure militaire, et la coiffure d'étiquette dans les hauts rangs de la société. Sous le ministère du comte de Saint-Germain, on s'avisa de coiffer les brigadiers de cavalerie de chapeaux à quatre cornes; mais cet usage ne dura pas. Depuis un peu plus de trente ans, les troupes ont quitté le chapeau pour le bonnet à poil, le shako ou le casque, quand elles sont sous les armes. Dans le monde, la coiffure générale des citoyens est aujourd'hui le chapeau rond de couleur noire; celle des fonctionnaires, dans les cérémonies publiques, est le chapeau noir à cornes, orné de plumes. Celle des militaires en petite tenue est le même chapeau, avec ou sans plumes, suivant le grade. Les ecclésiastiques portent aussi le chapeau à trois cornes, mais lui donnent une forme particulière ».
En 1694, le premier dictionnaire de l'académie française définit le chapeau comme « Coiffure, habillement de teste pour homme, qui a une forme & des bords faits de laine ou de poil que l'on foule ».
En 1845, l'encyclopédiste Philippe Le Bas ajoute que la généralisation du chapeau « nécessita l'établissement de grandes fabriques, notamment à Lyon et à Paris, et l'on fit bientôt une telle consommation de castors, que ceux que l'on trouvait en France, et spécialement dans les îles du Rhône, étant détruits, il fallut poursuivre ces animaux industrieux et inoffensifs jusque dans les lacs glacés du Canada » (…) « On imagina de suppléer à leur fourrure par celle d’animaux indigènes (lièvre, lapin et même le chien caniche). On a aussi fait en « peluche de soie » des chapeaux légers moins chers qu’en feutre, et pour l'été des chapeaux gris en feutre, des chapeaux en paille, en osier, en lacets et en étoffes de soie ou de coton dont les formes varient au gré de la mode. On fabrique, pour les voituriers et les marins, des chapeaux de bourre ou de laine commune, que l'on revêt de plusieurs couches de vernis qui leur donnent de l'éclat, de la durée, et les rendent impénétrables à la pluie ».

Couvre-chef et apparat en Europe

On se souvient des chapeaux extravagants des élégantes du siècle dit des lumières à ceux du XIXe siècle, mais les rois et princes d’Asie et d’Europe ont très tôt acheté des chapeaux aussi complexes et plus coûteux aux chapeliers. Le métier de chapelier était en France codifié sous Louis IX, comme le montre un chapitre du Registre des métiers. 


Les principales techniques de fabrication des chapeaux furent mises au point au XIVe siècle et n'ont guère évolué depuis. La prise de mesure fut révolutionnée en 1843, jusque-là les chapeaux étaient fabriqués sur des formes standard qui s'adaptaient mal à la diversité des formes de crânes. Deux chapeliers français, M. Allié et M. Maillard firent breveter un outil : le conformateur qui permettait de relever la conformation précise de la tête. La conformation des chapeaux était une étape de la vente obligatoire du fait de leur rigidité (haut-de-forme, chapeau melon, canotier). Elle était assurée par le chapelier de ville. Cet outil, principalement dédié aux chapeaux sur mesure, est encore utilisé pour la fabrication de certains chapeaux de théâtre. Les formes standard sont toujours utilisées pour les chapeaux de grande distribution suivant trois conformations : l'ovale normal, l'ovale allongé et l'ovale rond.
Bien plus qu'un moyen de se protéger des intempéries, le chapeau est un accessoire de mode permettant d'exprimer sa stature sociale. La tradition veut que le fait d'ôter son chapeau (se découvrir) soit une marque de respect et d'humilité et la coutume s'est répandue jusqu'à devenir un signe de salut.
En 1889, le comte de Larmandie écrivit même un guide du coup de chapeau. Selon lui le chapeau s'ôte d'un geste large, gracieux et brusque, le chapeau doit rester un instant en l'air avant d'être remis rapidement sur la tête.

Chapeau et arts du spectacle

Dans les années 1750, le chapeau est d'une telle importance dans la société qu'il fait l'objet d'un spectacle de music-hall par le mime français Tabarin. Ce spectacle disparut avec son auteur mais fut réactualisé vers 1870 par Monsieur Fusier au point que ce genre de spectacle prit le nom de chapeaugraphie et devint très en vogue dans les années 1900.
Les jongleurs et les magiciens utilisent aussi le chapeau comme accessoire. Le premier homme à avoir fait sortir un lapin d'un chapeau est Louis Comte, un comique de cour français, en 1814. Ce numéro resta à la mode pendant tout le XIXe siècle. Le chapeau melon en feutre est fréquemment utilisé comme instrument de manipulation en jonglerie. Le cône traditionnel de feutre blanc est, chez le clown, un symbole de pouvoir, planté fièrement sur le crâne, légèrement de côté, certains y ajoutent même des plumes comme les clowns espagnols. Parfois aussi ce cône fait penser au chapeau d'Arlequin, avec des larges bords. Le chapeau de l'Auguste est souvent mou, de forme plate, écrasé malencontreusement ou déformé par un coup de batte bien placé. Il est de toutes façons malmené.